A chacun ses gants.


En Mauritanie, j'observe avec curiosité les mains des femmes, ou plutôt leurs gants. Épais, en laine et de couleurs vives, je les interroge : pourquoi se couvrent-elles les mains alors qu'il fait plus de 30 degrés?
Simplement pour se protéger des rayons du soleil. Alors que j'espère prendre des couleurs, avoir la peau la plus claire possible est pour elles un gage de beauté.

Elles enlèvent leurs gants pour me tracer les miens, à l'aide de scotch d'abord, puis en appliquant le henné. Quelques heures plus tard, mes mains se retrouvent tatouées pour quelques semaines, teintes d'un dégradé de rouge et noir, comme les leurs un jour de fête.

La parole nous manque mais nous partageons autrement : un verre de thé qu'elles me tendent, un regard complice échangé, un sourire, une poignée de main... Tant de poignées de mains! Gantées de laine ou de henné, colorées, timides ou affirmées, celles qui ne vous lâchent plus... Un geste quotidien et banal, pourtant porteur de sens.

A toutes ces poignées de mains, à toutes ces rencontres...

MAURITANIE 2019

Photos: Philippe Freund

Couleur sable, je me fonds sur la rocaille du Sahel.

Je gonfle mes plumes et parcours le monde d’un battement d’ailes.

Il défile. J’impose le rythme. Le vent grise mon esprit.

Je suis minuscule mais les dunes et les acacias me sourient.

 

Dans les airs, je n’apparais que si je décide de me montrer.

Jamais sédentaire, rare ont réussi à m’attraper.

Tel un nomade, jamais longtemps au même endroit,

Tu t‘approches et je m’éloigne de quelques pas…

 

Vif et farouche autant que les enfants sont joueurs,

Je m’amuse à les perdre pendant de longues heures.

Je vole tel un papillon et pique comme une abeille.

Frivole et espiègle, baigné par les rayons du soleil.

 

Léger mais pas fragile, d’une curiosité insatiable,

Je plonge et explore l’immensité de cette mer de sable.

L’audace pour seule règle. Libre, dans cet infini gigantesque,

Telle la goutte d’eau posée sur le rivage, dans ce climat dantesque.

 

Bain de foule aujourd’hui, solitude rêveuse demain…

Je navigue mais retourne à l’essentiel avant la fin.

Voler est ma façon d’exister. Du sol au ciel, affranchi et acrobate,

Dans le Sahara et partout dans le monde, on m’appelle Sinkew Chaghat.

Jade MIETTON, 24 mars 2018

Illustration: https://www.facebook.com/JeremieBT/ 

SINKEW CHAGHAT

Maurice FREUND

Je l'ai poursuivi !  Livre à la main !

De Bidon en Ardèche jusqu'à Atar en Mauritanie! En passant par Lyon et Maaden ! Des milliers de kilomètres pour avoir une dédicace, la plus belle des dédicaces...d'un homme qui m'inspire et pour qui j'ai beaucoup de respect.  "Choukran jesilen" Maurice FREUNDun livre et un séjour en Mauritanie que je conseille à tout le monde!

Pour plus d'infos sur les vols et les circuits proposés en Mauritanie, c'est par ici ! 

Août 2017, j'ai eu la chance de passer deux jours à Bidon chez Maurice FREUND.

Nous nous étions déjà croisés lors de festivals en France, au Niger également. Je n'avais pas osé l'aborder!

Il avait ensuite répondu présent en mai 2017 lors d'une projection de "Loin du désert" à Lyon. 

Ce petit séjour chez lui à renforcé l'admiration que j'ai pour cet homme engagé, qui m'inspire énormément et pour qui j'ai un immense respect.

Il a eu la gentillesse de me présenter son ami  et "frère" Pierre RABHI.

Et depuis, nous avons même tourné un film ensemble! Rendez-vous sur cette page en cliquant ici pour en savoir plus.

MOHAMED SALEM

Au delà des belles images de dunes et de palmiers qui pleuvent sur le web ces derniers temps pour promouvoir la destination Mauritanie, j ai envie de commencer avec une seule image. Un portrait. Un simple selfie prit avec mon téléphone. Cette photo témoigne du moment le plus fort de mon séjour mauritanien. Une rencontre. La rencontre.

Oui, les dunes sont ocres, les montagnes contrastent et déclinent tout un panel de couleurs chaudes, les palmeraies sont toujours surprenantes tant elles offrent un écrin de verdure renaissant du sable... mais le plus beau paysage, à mes yeux, a été le visage de cet homme: Mohamed Salem. Il nous a été présenté comme notre chamelier. Je le sais nomade. Je le découvre ingénieux bricoleur, chasseur de scorpions hors pair, habile couturier... Il sait tout faire, bien et avec rien.

Mohamed Salem ne parle pas français. J'apprends quelques mots d'hassani, mais nos échanges sont très limités. Qu'importe.

La communication ne se limite pas à la simple parole. Ce n'est pas le premier chamelier que je rencontre, mais je l'observe, attentive et apprends beaucoup. Peu de regards même, son savoir m'impressionne et m'inspire tant de respect... 

Il est concentré, sérieux. Le genre de personne qui parle que s'il a quelque chose de pertinent à dire.

La journée, après avoir réajusté son turban noir, il marche, infatigable, son bâton de bois sur les épaules, suivi par quatre dromadaires qui ont vite repris le rythme. Il fredonne, comme pour donner du courage à toute la caravane.

Sans cesse au travail, Mohamed Salem charge, décharge ses montures, use ses mains en tirant sur les cordages, en coupant du bois, inlassablement. Il monte la tente mauritanienne, égorge un cabri, retrouve un bâton de sig perdu dans le sable, fait cuire de délicieux beignets dans une marmite d'huile posée sur le feu de bois, mouline à l'ancienne les légumes de la soupe, sucre son thé avec gourmandise, s'applique à me colorer les doigts avec du henné et chaque soir, nous concocte une délicieuse galette de pain cuite dans le sable... Oui, Mohamed Salem sait tout faire!

Je l'ai même rebaptisé Mac Gyver! (Prononcez Mac Gyvery par l'équipe mauritanienne!).

Nous rions. Quand je ramasse un bâton pour imiter son travail de chamelier, sauf que moi j'embête Mohammed, le cuisinier, nous rions. Quand il me parle comme si je comprenais parfaitement son langage, que je me retourne vers Selkou, le guide, en disant: "Heu... Qu'est ce qu'il a dit là??", nous rions. Quand chaque soir, à la lueur d'une frontale, nous jouons tous au Sig et que je cris "Moudariiiiii" (tricheur) à Selkou, nous rions! Le chamelier et moi contre l'équipe cuistot/guide et nous gagnons presque systématiquement! Quand c'est à mon tour, il me lance en français: "Vas-y!". Alors je touche le sable de la paume de la main, comme il le fait lui même, pour nous porter chance. J'obtiens "arba"! Quatre! Donc nous marquons un point! Il attrape mon bras par la polaire et l'agite dans tous les sens au dessus de ma tête! Mohamed Salem aime gagner. Serait-il un peu mauvais joueur? ;-) De si bons moments partagés... Simples... Précieux.

Nous arrivons dans son campement. Sa femme nous attend dans une grande tente colorée, si bien tendue que les bourrasques de vent ne l'a font pas trembler. Elle prépare le thé. D'un coup, le visage de Mohamed Salem s'illumine, ses yeux captent l'essentiel, son regard se transforme. Vêtu d'un simple t-shirt, le petit garçon de deux ans court se réfugier dans les bras de son père. Ils sont magnifiques. Je suis ravie de constater que la relève est bien assurée. Ce soir là, pour fêter les retrouvailles et parce que les troupeaux sont à proximité, la viande est au menu. Emballés dans du papier alu, les morceaux cuisent dans les braises et nous dégustons le foie en guise d'apéritif (ce que je préfère!). Le repas terminé et les os bien rongés, Mohamed Salem s'attaque à l'élaboration d'une pipe à tabac avec le tibia du cabri. Rien ne se perd.

 

Il y a eu tellement d'anecdotes, tellement d'astuces observées pendant ces quinze jours partagés. J'ai rapidement vu en lui la droiture, l’intégrité, la sagesse. Il possède en plus une espèce d'aura qui lui donne une dimension supplémentaire. Vous l'aurez compris, j'ai ressenti pour lui un vrai coup de foudre humain. Un nomade comme le monde n'en connait plus beaucoup. 

"Choukran jesilen" Mohamed Salem. Merci beaucoup pour ta générosité et pour m'avoir accepté dans ton quotidien, au sein du désert, ta grande maison à ciel ouvert.

Printemps 2018

Quand le silence devient assourdissant et l'art politique...

Vous n'aurez que très rarement l'occasion de voir Jérusalem toutes portes closes... comme ce fut le cas le jeudi 7 décembre 2017.

  

                                                                                                                                             

Pour changer un peu du Sahara, je m'embarque début décembre pour une dizaine de jours en Israël et Palestine. J'aurai tellement à partager de ce voyage... Un des événements les plus marquants à été la réaction des habitants de la vieille ville de Jérusalem suite à l'annonce de Donald Trump le 6 décembre, de déplacer l'ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem.

Aucune manifestation mais des portes closes qui en disent long...  

RETOUR D'ISRAËL

Ci dessus, la mairie de Jérusalem, le jour de l'annonce

A gauche, la veille, fourmilière habituelle...

A droite, le centre ville de Bethléem, en Palestine, le 8 décembre 2017

MA RÉPONSE A LIBÉRATION

"Cet article ne sera pas publié dans de "grands" journaux ou magasines, mais je tiens à relater mon expérience à Agadez, où j ai passé 3 semaines en décembre, en réponse à l’article de Libération du 4 janvier 2017 intitulé: Agadez, «porte du désert» coupée du monde par un cordon sécuritaire.

Désolée, je ne vais pas vous sortir ici l’habituelle rengaine misérabiliste et sécuritaire de l’Afrique. Non, je ne vous parlerai pas de migrants, de présence djihadiste, d’insécurité, de zone rouge... les seuls couleurs que je pourrai évoquer ici sont celles des tenues des femmes, arc en ciel éclatant sur peau noire.

 

Étant relativement peu intéressée par les défilés militaires, les cérémonies officielles de décoration des ronds points... je suis partie à Agadez pour rencontrer les agadeziens. Une semaine ne m’offrant pas assez de temps, je décide de m’immerger un mois. Après un train, un bus et deux avions, j arrive à Niamey, le 1er décembre. Le voyage n’est pas terminé, 1000 km en voiture à travers le pays pour rejoindre la capitale de l’Aïr. On m avait prévenu de l’état de la route... on ne peut s’en rendre compte sans l’avoir emprunté.

Une honte pour un axe principal...

ENTRE 2 DÉSERTS

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